Dans le public, l'enseignant qui prépare trois ou quatre années durant ses élèves pour la maturité finit par… les noter lui-même le jour de l'examen. Autant dire qu'en étant à la fois juge et partie, c'est surtout la qualité de son propre enseignement qu'il évalue. Quiconque a servi d'expert à un examen de bac cantonal peut en outre témoigner des divers arrangements pris en fonction du contexte: "Le pauvre a déjà redoublé une fois, on ne peut pas le faire échouer", "il a déjà fait deux tentatives de suicide". Autre problème: il existe autant d'épreuves que d'établissements, et rien ne garantit que le niveau d'exigence soit le même partout en Suisse.
Les écoles privées, elles, présentent leurs élèves à des examens – maturité fédérale, bac international, examens anglo-saxons d'entrée à l'université – organisés par des institutions indépendantes. Ainsi, l'examinateur est totalement impartial: il n'a jamais vu les élèves avant le jour du test. Ce système permet en outre d'évaluer la qualité d'une école et de ses enseignants: puisque les examens sont les mêmes pour tous, les résultats sont comparables. "Je me sens noté par les notes de mes élèves aux examens", confirme Alain Plantefol, enseignant à l'Ecole nouvelle de la Suisse romande. L'école publique a introduit ces dernières années des épreuves cantonales qui ont au moins le mérite de poser les même questions à toute une classe d'âge. Pourquoi ne pas étendre le concept à tous les examens?
Dans la même volonté d'évaluation de leur niveau, toutes les écoles membres de la Fédération suisse des écoles privées ont l'obligation de se lancer dans une procédure de certification (coût moyen: de 10 000 à 20 000 francs), de type Eduqua par exemple, d'ici la fin 2007. Une demande de Josef Deiss aux écoles privées, qui malheureusement, ne s'étend pas aux établissements publics. Certains vont encore plus loin, comme l'Ecole internationale de Genève, qui, de par de son affiliation au Council of International Schools, doit se soumettre à la critique d'un groupe d'experts qui passent une semaine par année sur le campus pour mettre leur nez partout.
Si les écoles se retrouvent bardées de certificats, leurs étudiants ne sont pas en reste: les cours de langue débouchent dans certaines sur un diplôme reconnu. Un exemple avec l'Ecole Moser: les étudiants peuvent se présenter, dans le cadre de leur préparation à la maturité fédérale, aux tests d'anglais de l'IELTS, qui ouvrent les portes des études dans les universités anglophones. "Sorti de Suisse, un 5 en anglais à la maturité ne dit rien du niveau de l'élève et n'a donc aucune valeur, confirme Albert Grun, directeur de PreP, à Lausanne. Alors que les diplômes comme le First Certificate ou les examens du Goethe Institut sont de niveau comparable et sont reconnus sur le plan international." Les élèves devraient, dans le public aussi, les passer dans le cadre de leur préparation à la maturité fédérale.

J’ai quelques doutes sur l’opportunité de soumettre systématiquement tous les candidats au baccalauréat ou à d’autres diplômes à des tests internationaux. Par contre, c’est à l’école publique de s’assurer de la pertinence de ses pratiques en évaluation du travail des élèves. Et d’y apporter les régulations nécessaires : épreuves cantonales, test PISA ou autres. L’espace romand de la formation (CIIP) prévoit, parmi une panoplie de mesures, la mise sur pied d’évaluations romandes de référence. Au niveau national, les standards qui seront définis par Harmos iront dans le même sens du contrôle de la qualité. Il y a là un domaine où l’école publique doit regagner en crédibilité.
Par Isabelle Chassot, conseillère d'Etat. Texte mis en ligne par L'Hebdo.
Rédigé par: Isabelle Chassot | 17 février 2006 à 16h25
Nous n'avons pas intérêt à ce que nos élèves ne soient pas à niveau. C'est tout juste si vous ne nous dites pas que nous donnons des maturités au rabais! Non, surtout pas, au contraire! Nous formons des jeunes pour leur permettre ensuite de se lancer dans des formations de plus en plus exigeantes. Un examen de maturité mis en place par un organisme extérieur? En tant que collectivité publique, nous avons la responsabilité d'organiser ces examens. Mais, avec les harmonisations scolaires en cours, il est possible que dans vingt ans, tout le monde passe la même matu. Un First Certificate? Je ne serais pas surprise que cela nous soit proposé. Ce n'est pas utopique.
Par Sylvie Perrinjaquet, conseillère d'Etat. Texte mis en ligne par L'Hebdo.
Rédigé par: Sylvie Perrinjaquet | 17 février 2006 à 16h26
Je m’insurge contre cette vision erronée et disqualifiante de l’école publique et du corps enseignant. C’est oublier que l’école publique est fondée sur les rpincipes démocratiques, alors que les écols privées visent principalement à faire de l’argent en scolrisant ldes élèves. Vus n’avez pas évoqué le fait que dans les écoles privées, qui sont souvent des «boîtes à bac», ne sont présentés à l’examen de maturité que ceux qui peuvent les passer. Ce qui explique les taux de réussite... Un élément me frappe. Dans le canton de Vaud, avec la sélection, beaucoup d’élèves passent par l’école privée s’ils ne sont pas enclassés dans la filière dont les parents rêvent. Lorsqu’ils reviennent dans le système public, ces jeunes doivent passer par un examen d’entrée. Le taux d’échec est alors considérable. Massif! De plus, les écoles privées souhaitent que les cantons les reconnaissent, mais elles refusent que nous contrôlions leur qualité pédagogique!
Par Anne-Catherine Lyon, conseillère d'Etat. Texte mis en ligne par L'Hebdo
Rédigé par: Anne-Catherine Lyon | 22 février 2006 à 23h26
Je ne comprend pas l'acharnement de certaines à discréditer l'enseignement Privé.
Effectivement, il est reconnu que la croissance économique d'un canton, d'un pays passe par l'établissement d'entreprises internationales sur son sol. Un des atouts principaux est l'offre de formation et la variété des diplômes offerts. Cette vision (il n'y a qu'une réponse à cette demande des parents venant s'installer en Suisse, c'est à dire l'école publique) est d'une mauvaise foi totale!!
Les pays européens qui nous entourent l'ont compris depuis longtemps: il s'agit de complémentarité utile et stimulante. Tant que les chefs de département auront peur de cette concurrence pédagogique et refuseront de l'accepter, nous continueront malheureusement à être les lanternes rouges des études PISA.
Pour terminer, les cantons de Suisse alémanique ont compris depuis longtemps que l'enseignement Privé est complémentaire et ont reconnu les diplômes de bien des Ecoles Privées.
Je suis persuadé que dans l'intérêt des familles et des enfants, ce débat évoluera positivement mais pour cela il faut un peu de bonne volonté et d'ouverture au niveau politique!
Rédigé par: Moser Alain, Directeur Général Ecole Moser | 10 février 2009 à 10h11