Le 15 juin, Ghislaine Wettstein-Badour a donné une conférence à Lausanne, sur invitation de l'Aspics et d'Avec. Cette scientifique, très critique vis-à-vis des méthodes d'apprentissage de la lecture utilisées aujourd'hui à l'école, a montré quels étaient les apports des neurosciences dans ce débat.
Avant toute chose, il faut hélas passer par quelques définitions, tirées de Wikipedia. Sans cela, le débat qui fait rage autour de l'apprentissage de la lecture ne peut pas être appréhendé.
Méthode globale Elle consiste à utiliser directement des mots entiers simples et familiers, voire des phrases entières, sous forme de différents jeux de devinettes. La lecture se fait par la reconnaissance d'un mot en entier (sa silhouette), et non par le code de l'écrit.
Méthode semi-globale On apprend à reconnaître les mots courants en parallèle avec l'étude des syllabes. Dans les faits, l'immense majorité des enseignants utilisent une semi-globale plus ou moins teintée d'une de ces deux méthodes
Méthode alphabétique Egalement appelée méthode synthétique, elle repose sur les propriétés phonétiques de notre alphabet. Elle consiste à partir des éléments les plus simples: les lettres et les sons. Une fois que ceux-ci sont maîtrisés, l'enfant apprend à les composer en syllabes puis en mots.
Historiquement, les méthodes globales sont apparues dans les années 1960, même si l'idée est plus ancienne. La méthode alphabétique existe depuis toujours.
Lors de son long exposé, Ghislaine Wettstein-Badour a rappelé ce que les neuroscientifiques ont montré depuis le début des années 1980: que le mot n'est pas une image. Un dessin est traité par l'hémisphère droit, qui fonctionne de manière analogique (on part de l'ensemble pour arriver au particulier). Un texte écrit est traité par l'hémisphère gauche, qui fonctionne de manière analytique. Du simple au compliqué.
Ainsi, il est impossible d'associer un mot à une image, ce qui remet fondamentalement en cause les méthodes d'apprentissage globales, basées sur ce principe. Les opposants à ces techniques estiment même qu'elles provoquent les problèmes de compétences en lecture que nous connaissons aujourd'hui. Bien entendu, lorsqu'un élève a des difficultés à lire, il devient difficile de construire des raisonnements, d'aligner des idées cohérentes les unes à la suite des autres.
Ghislaine Wettstein-Badour a pris un exemple simple de ce que représente selon elle les méthodes de type global. Imaginez un enfant de 6 ans. Depuis le premier jour d'apprentissage de la lecture, on lui propose des phrases ou des mots entiers. L'enseignant les lit à haute voix, les fait répéter.
Par exemple
Lapin
Cheval
Chat
Vache
L'enfant entend le "LA" dans lapin. Puis le "AL" de cheval. "Tiens, ces sons se ressemblent". Puis il essaie d'isoler le CHE de cheval et le CHE final de vache. Il devine que ces trois signes sonnent CHE. Mais alors, patatras: dans CHAT, il n'y a pas CHE, pourtant on entend quelque chose qui y ressemble. Et pire encore, ce signe final, le T, ne se prononce pas. Bref, un cauchemar: l'enfant passe son temps à deviner.
Les plus malins apprennent par cœur, et sont capables de lire à haute voix un texte entier. Mais posez-leur ensuite des questions sur ce qu'ils ont lu: en fait, ils n'ont rien compris.
(PS: j'ai fait le test avec un petit neveu. Je lui désignais des mots dans son livre de lecture, et il pouvait me les lire. En le piégeant, j'ai compris que, pour faire plaisir aux adultes, il avait appris par cœur comment sonnait un mot en fonction de la place qu'il occupait à telle ou telle page! Mais en fait, à l'époque, il lisait sans savoir lire! Aujourd'hui, il est sorti d'affaire.)
Quelques citations de Ghislaine Wettstein-Badour:
"Ce qui me fait hurler, c'est quand on me dit que je veux revenir aux méthodes d'avant. Elles ont bien marché!"
"C'est miraculeux: les enfants apprennent à lire malgré les méthodes."
Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus: contactez-moi, j'ai à disposition le texte complet de la présentation de Ghislaine Wettstein-Badour et un article génial du magazine Le Point sur les méthodes de lecture. Enfin, je recommande la lecture d'un interview d'une enseignante d'Aigle sur le sujet.
Salut David,
je suis content d'avoir echappé aux "nouvelles methodes" et aux débats pédagogiques entre différents écoles de pensée. J'aime beaucoup la phrase "C'est miraculeux: les enfants apprennent à lire malgré les méthodes." mais j'irais encore plus loin en enlevant "à lire" : "C'est miraculeux: les enfants apprennent malgré les méthodes."
Je vois aussi arriver une nouvelle vague de polémique concernant les differnets approches pour l'usage d'internet à l'école, après la publication d'un recent sondage européen :
http://www.clemi.org/international/mediappro/Mediappro_b.pdf
Bonne suite et bel été
Rédigé par : Pablo | 04 juillet 2006 à 18h09