Berne, 19 mars 2008. Rendez-vous était donné à côté de la gare, dans les locaux de l'Union des étudiant-e-s de Suisse.
L'idée? Faire le point sur la nouvelle Loi sur l'aide aux hautes écoles (LAHE). Par l'intermédiaire de Lea Brunner (ancienne co-présidente), l'UNES a été associée aux travaux visant à préparer le nouveau texte législatif. Cette visite était également l'occasion de faire connaissance avec trois personnes nouvellement nommées dans les instances dirigeantes de l'association. Et de mettre sur la table les questions importantes.

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De gauche à droite: Aline Burki, 28 ans, secrétaire politique. Sabin Nater, 23 ans, co-présidente. Marco Haller, 24 ans, co-président. |
Nouvelle secrétaire politique de l'UNES, Aline Burki a obtenu sa licence en histoire suisse et français à l'Université de Lausanne, en septembre 2007. Elle succède à Ada Marra, élue au Conseil national (PS/VD). Sabin Nater est étudiante en sciences de l'environnement à la Haute école zurichoise (ZHAW), donc une HES. Marco Haller est étudiant en histoire et littérature allemande à l'Université de Bâle.
--Notes prises pendant la discussion--
Dans un document détaillé, l'UNES a déjà réagi à la LAHE. Une question fondamentale: pourquoi est-elle nécessaire? "C'est la première fois qu'une loi essaie de placer toutes les hautes écoles sous le même toit, dans un seul cadre. Cela permettra davantage de coordination au niveau suisse, ce que nous saluons", note Marco Haller.
En résumé très rapide, le texte prévoit un nouveau pilotage, avec quatre instances.
1 - Une Conférence suisse des hautes écoles. Organe politique responsable de la planification stratégique. Elle est présidée par un Conseiller fédéral, et les conseillers d'Etat en charge de la formation dans les cantons y siègent.
2 - Une Conférence suisse des recteurs des hautes écoles, chargée de la coordination et de l'opérationnel. Les responsables des universités, des HES et des HEP s'y retrouveront. Cet organe, qui remplacera la CRUS, existe déjà (de manière discrète).
3 - Un Conseil suisse de la science et de l'innovation, à vocation consultative.
4 - Le Conseil suisse d'accréditation, qui décidera de l'accréditation (ou non) des hautes écoles.
Cette nouvelle organisation fait écho aux nouveaux articles constitutionnels sur la formation, acceptés par le peuple suisse en 2006: une collaboration accrue entre la Confédération et les cantons.
Alors, où est le problème? "Notre critique principale est la suivante, précise Marco Haller. La participation des étudiants est négligée." Le texte de la loi, selon l'UNES, ne prévoit pas assez clairement ni assez fortement l'intervention des étudiants dans les décisions. Le co-président donne l'exemple suivant (art. 18, al. 3): [La conférence suisse des recteurs] consulte les organisations nationales des personnes relevant des hautes écoles, notamment des étudiants, sur les questions importantes. "Cela ne fonctionne tout simplement pas, ajoute Marco Haller. Le know-how des étudiants n'est pas pris en compte. C'est très dommage." Sabin Nater renchérit. Dans le cadre de Bologne, l'Europe reconnaît ces personnes en formation comme "full members." Le texte suisse ne prévoit qu'une participation, mais pas de droit de vote.
Un espoir de faire changer les choses? "Pour l'instant, un travail de lobbying destiné à faire connaître le point de vue de l'UNES aux personnes qui ont répondu à la consultation est en cours", indique Aline Burki. La suite des événements est moins claire.
Tiens, comment fait-on du lobbying?
"Cela dépend un peu de l'état où se trouve le projet de loi, répond Marco Haller. Nous avons parlé avec des partis politiques, avec des parlementaires, avec la CRUS, afin de nous faire entendre." Dans les cantons, les associations d'étudiants mènent également ce travail auprès des responsables politiques locaux.
Et dans les HES?
"Nous n'en sommes pas encore là, constate Sabin Nater. Dans bien des hautes écoles spécialisées, les associations d'étudiants sont en construction. Nous essayons de rendre les étudiants attentifs à ces questions politiques. Nombre d'entre eux ne sont pas encore du tout sensibilisés. Malgré cela, je suis confiante pour l'avenir." Aline Burki ajoute: "C'est encore un énorme chantier. Sabin Nater mène un travail de terrain, part à la rencontre des gens. La question du lobbying se posera pour plus tard." Ses outils? "Par exemple, obtenir une page pour présenter l'UNES (et ses préoccupations) dans les journaux internes des HES", précise Sabin Nater. Cette future ingénieure fait remarquer que des représentants de l'association ne sont pas invités aux groupes de travail de la KFH (Conférence des recteurs des HES, ndlr), contrairement à ce qui se passe avec la Conférence des recteurs des universités. "Nous rencontrons encore beaucoup de résistance."
Toujours au sujet de la participation, Aline Burki souhaite que les étudiants qui s'engagent "puissent le faire". Où est le problème? "Avec Bologne, les études sont devenues très structurées. Manquer un cours, même pour aller à une conférence avec une direction d'université, peut coûter des crédits!"
Petits crédits
A ce sujet, Marco Haller mentionne un point très intéressant, mais un poil technique. L'article 48 al. 2 prévoit que "Les contributions pour l’enseignement sont calculées en fonction des coûts de référence. Les critères suivants sont notamment déterminants: b. le nombre de diplômes. c. le nombre de crédits."
C'est-à-dire? "Les hautes écoles recevront davantage d'argent si elles distribuent davantage de crédits [ECTS]. Ce n'est pas un critère de qualité!" Selon l'UNES, si ce modèle passe la rampe, les universités auront tout intérêt à faire pleuvoir les crédits et donner des papiers le plus rapidement possible. "Ce système peut mener à privilégier les cours en grands auditoires, avec un seul enseignant chargé de donner des crédits le plus vite possible. Un bon moyen de toucher de l'argent, en maintenant les coûts très bas."
L'UNES doute très fortement de ce système, et souhaite son abandon. Toujours au sujet des crédits ECTS, Sabin Nater rappelle qu'un de ces points correspond à une fourchette de "25 à 30 heures de travail dans les universités, et 30 dans les HES. Il y a une inégalité."
D'autres regrets?
"Cette loi aurait été une occasion grandiose de régler la question des bourses d'études, soupire Marco Haller. Mais il semble que c'était le mauvais endroit pour le faire..." Le co-président touche ici un des chevaux de bataille de l'UNES (depuis 40 ans!) et une question est éminemment politique où plusieurs acteurs interviennent.
En septembre 2007, l'UNES, lassée de voir que rien ne bouge sur le front des aides aux études, a lancé son propre projet de Loi fédérale sur le sujet. Mais "Cette proposition est en suspens", précise Aline Burki. Pourquoi?
Parce que le 2 novembre dernier, la Conférence des directeurs de l'instruction publique, la CDIP, a mis en consultation un concordat sur l'harmonisation des régimes de bourses d’études. Ce texte vise à harmoniser les pratiques dans les 26 cantons suisses, ce que demande l'UNES de longue date. Il est en consultation jusqu'au 31 mai.
"Ce concordat pose plusieurs problèmes", ajoute la secrétaire politique. Certains cantons paient déjà plus que ce qui est demandé dans le concordat: leur adhésion ne posera pas de souci. D'autres paient moins. Le texte de la CDIP pose des minima, et exige la mise en place d'une bourse complète de 16000 francs par année. "Ce n'est pas grand chose, si on compte l'écolage, le transport, le matériel. Que reste-t-il pour tourner", note Aline Burki, qui mentionne que cette somme a déjà été mentionnée en... 1988! Autant dire que le coût de la vie en Suisse a un peu changé depuis. La question de la mobilité n'est pas intégrée dans le projet de la CDIP, car le financement dépend du lieu d'études le moins cher. "Il n'existe donc plus de libre-choix de la haute école, le critère du prix prend le dessus."
Améliorer l'université!
Le 4 septembre 2008, les résultats d'une grande enquête sur les conditions d'études (de la mise en place de Bologne à la mobilité en passant par les questions sociales) devraient sortir. La récolte des informations est en cours. Un questionnaire préparé par la CRUS, l'AES et l'UNES a été proposé à un échantillon, pris au hasard, de 10 à 15 % des étudiants. L'occasion de soulever les problèmes rencontrés, et d'avoir des données chiffrées. Le travail est mené par l'Observatoire de la vie étudiante de l'Université de Genève.
Dernières infos
Officiellement, l'UNES n'a pas encore rencontré Mauro Dell'Ambrogio, le nouveau secrétaire d'Etat à la recherche. Deux séances sont prévues en avril et l'intérêt est grand du côté de l'UNES.
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