L'Etat de Vaud a tenté d'harmoniser la gestion des données des écoles avec un logiciel sur mesure. Coûteux échec.
Après trois ans d’agonie, les souffrances du projet SIEF devraient être abrégées. Le Système d’information des établissements de formation, censé uniformiser les données des écoles vaudoises, devrait être abandonné: soit entièrement, soit partiellement jusqu’à ce qu’une autre méthode prenne le relais. Selon nos informations, c’est ce que l’audit, voulu par le Grand Conseil, propose au Conseil d’Etat. Les 7 millions de francs investis partiraient ainsi en fumée.
Car c’est un logiciel sur mesure, inspiré de ce qui existe en Autriche, que le Département de la formation (DFJC) a commandé à un grand concepteur informatique (que nous n'avons pas pu joindre). Lancé en 2006 en fanfare, le dénommé e*SA devait gérer les absences et les moyennes des élèves, entre autres. Jusqu’alors, chaque établissement utilisait l’application de son choix: on en comptait près 200 dans le canton. Dès lors, le traçage des élèves qui déménageaient, par exemple, s'avérait très compliqué. Le canton a voulu y mettre de l'ordre. Les écoles professionnelles ont essuyé les plâtres et subi d’innombrables bugs: absences non comptabilisées, moyennes fausses, tout devait être contrôlé manuellement. Le concepteur a mené quatre mises à jour, sans succès.
Au printemps 2008 puis 2009, la Commission de gestion du Grand Conseil a vertement critiqué SIEF. Elle déplorait un «projet fait «à la hussarde», sans école pilote, sans planning cohérent, sans suivi». Elle épinglait également le concepteur, dont «la réaction (aux problèmes du logiciel) n’est pas à la hauteur». D’ailleurs, le procès avec l’Etat de Vaud avait été évité de justesse en 2007. Au final, SIEF aura épuisé les chefs de projet de chaque bord, qui seront tous deux remplacés.
C’est aussi la gestion de l’affaire au niveau départemental qui semble avoir posé problème. Le département d’Anne-Catherine Lyon (DFJC) a tenu à mener SIEF seul, alors que l’informatique cantonale est dorénavant réunie sous l’égide de François Marthaler, au Département des Infrastructures. «Le DFJC est resté dans son coin, accuse Fabienne Despot, députée à la tête de la commission du Grand Conseil. SIEF aurait dû être intégré à l’informatique cantonale beaucoup plus tôt.» Ce sera finalement fait, en mai 2009, après trois années de débâcle. Cela permet aujourd’hui à Anne-Catherine Lyon de renvoyer la patate chaude à François Marthaler en refusant de répondre à nos questions. Quant à ce dernier, il juge prématuré de communiquer, étant donné que le Conseil d’Etat n’a pas encore été consulté.
Si e*SA est bien débranché, comment fonctionneront dorénavant les écoles professionnelles? Impossible de revenir aux logiciels antérieurs, désactivés, car l'Etat de Vaud a refusé qu’ils tournent en parallèle. L’aide ne viendra pas non plus des autres cantons, qui n’ont encore rien uniformisé et lorgnaient certainement sur l’expérience vaudoise. Pour Jean-Paul Jubin, secrétaire général du DFJC, qui dirige le comité de pilotage de SIEF, les établissements pourront faire appel à leur «plans B», comme des applications capables de gérer certaines données séparément. Quant à savoir qui, du concepteur ou du canton, porte la responsabilité de ce gâchis à 7 millions de francs, l'audit le déterminera également.
Tasha Rumley
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