Que préparent mes concurrents? Quelles sont les innovations technologiques dont mon entreprise pourrait avoir besoin? Comment trouver de nouveaux marchés? Comment fonctionnent les hackers?
Ces questions, et tant d’autres, relèvent de l’intelligence économique et de la veille stratégique. Ces domaines sont désormais couverts par un trio de formations continues proposées à la Haute Ecole de gestion de Genève. Un jour par semaine, dès le 19 février, quinze étudiants vont se plonger dans les méandres de la recherche et de la valorisation de l’information. L’utilisation fine des outils du web 2.0 fait partie d’un menu très interdisciplinaire, tout comme les questions de propriété intellectuelle et de «e-reputation».
Les participants, âgés pour la plupart de 25 à 35 ans, sont actifs dans la banque, l’horlogerie ou la documentation, par exemple. «Une enquête a montré que les 3/4 des entreprises suisses disaient faire de la veille stratégique. Mais elles rencontrent des difficultés de méthodologie, ainsi que de recherche des sources et des outils», relève Hélène Madinier, responsable du programme. Le terrain est donc encore en friche dans notre pays, alors que la France s’en soucie depuis longtemps.
En complément de cet article, paru le 14 janvier 2010 en page 9.
La Haute école de gestion de Genève, photo Philippe Gétaz
Les réponses d'Hélène Madinier, professeure HES et responsable du programme.
"Notre formation comporte trois étages: un Certificate of advanced studies (CAS), un Diploma of advanced studies (DAS) et un Master of advanced studies (MAS)."
Soit, 7 mois et 15 crédits ECTS; 1 an de plus et 33 ECTS; 6 mois de plus et 12 crédits ECTS. Donc un total de 60 ECTS pour le MAS.
"La majorité des étudiants ont entre 25 et 35 ans. Certains ont plus de 40 ans: des consultants, ou des personnes qui veulent se doter d'une spécialisation supplémentaire. Il faut posséder un minimum d'expérience professionnelle pour cette formation, car cela permet davantage d'échanges. Les secteurs d'activité représentés sont divers: banque, horlogerie, ONG, entreprise publique, gestion de l'information..."
"Le besoin de formation existe. En 2008, nous avions mené une enquête avec Digimind, une société française. Elle a montré que les 3/4 des entreprises faisaient de la veille stratégique. C'est surprenant. Mais les entreprises rencontraient des difficultés dans la méthodologie, ne connaissaient pas les outils, ... Typiquement, la veille était organisée de manière informelle. Les gens étaient bien sensibilisés à la question, mais manquaient de méthode."
"Des exemples romands de veille utile? Une PME active dans le second oeuvre a pu repérer un site étatique qui présente tous les permis de construire. Et donc accéder ainsi à des clients. Une autre entreprise a pu repérer qu'un fournisseur devenait un concurrent."
"L'intelligence économique, ce n'est pas simplement identifier des concurrents potentiels et des parts de marchés possibles, c'est aussi se protéger des agressions extérieurs. Les vols d'information ne cessent d'augmenter en Suisse. Une autre composante de l'IE, c'est le lobbying."
"Si le web 2.0, les réseaux sociaux sont traités dans la formation, il n'est pas nécessaire d'être doué en informatique. On ne demande pas aux étudiants de programmer quoi que ce soit. La technologie ne fait pas tout: collecter l'information, c'est bien, mais il faut ensuite l'interpréter."
"Jacques Baud est intervenant lors des cours. Il présentera les dimensions politiques de la veille et de l'IE. Des pratiques vieilles comme le monde, qui viennent du militaire: savoir ce que fait l'ennemi avant d'agir. Il parlera de renseignement, et donnera une perspective historique."
"Nous restons toujours dans le cadre légal pour la recherche d'informations. Soit l'information blanche et grise, cette dernière étant par exemple difficilement accessible, car dans le web profond. Des informations sur les méthodes des hackers seront bien sûr données!"
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