Une société lausannoise propose des cours privés de préparation à l’université, dans toute la Suisse romande. Ce marché est en expansion.
Dans les universités romandes, la première année est sélective. Par exemple, toutes facultés confondues, seuls 44% des étudiants franchissent ce cap du premier coup à l’Université de Lausanne (Unil). De quoi susciter des angoisses chez les jeunes qui découvriront les auditoires en septembre prochain.
Pour les rassurer, et les préparer au mieux à ce qui les attend cet automne, Alex Herren propose des cours préparatoires dans le cadre d’easyprofs.ch, une entreprise active dans le domaine du soutien scolaire. Ce serial entrepreneur trentenaire basé à Lausanne, fondateur de plusieurs sociétés, dont etudiants.ch, le constate: «Les premiers mois à l’université, ce n’est pas toujours happy days.» Entre le changement de rythme de travail et l’énorme quantité de matière à absorber à la vitesse de la lumière, les occasions de perdre pied, voire d’abandonner, sont nombreuses.
Sa solution? Des cours sur mesure, donnés à de petits groupes d’au maximum 12 personnes, à la fin août de cette année. Les enseignants sont des étudiants en master, des doctorants ou des assistants. La matière dispensée est très ciblée. Par exemple, la présentation des mathématiques nécessaires aux futurs étudiants en Sciences économiques de l’Université de Genève (Unige). Une offre équivalente, et adaptée aux exigences locales, est proposée pour Lausanne, Neuchâtel et Fribourg. Etalées sur une semaine, à raison de trois heures par jour, les formations se composent de théorie, et d’exercices pratiques en alternance, au tarif de 15 francs de l’heure. Tout compris, la préparation revient à 245 francs.
Grâce à son réseau, qui comprend plusieurs milliers de personnes en formation, Alex Herren a pu cerner les matières qui posent problème: mathématiques, statistiques, algorithmique et comptabilité. «Le contenu des cours a été défini avec nos enseignants, et colle exactement à la matière présentée pendant les deux premiers mois d’université sur chacun des sites», ajoute Alex Herren. «Mais nous n’avons pas du tout la prétention de concurrencer l’enseignement des professeurs», précise cet ancien étudiant en lettres. La composante psychologique, soit rassurer le futur étudiant en lui donnant les clés de son nouvel environnement, compte également.
Même si les jeunes en formation ne sont pas fortunés, le marché semble assez vaste pour accueillir plusieurs acteurs. Ainsi, à Genève, l’Ecole de préparation et soutien universitaire propose un service de coaching, des examens à blanc et du e-learning, notamment pour les débutants en faculté de médecine à l’Unige (50 étudiants par an) et en faculté de sciences économiques et sociales (20 personnes par an). Sergei Poskriakov, son directeur administratif, estime que la demande s’inscrit à la hausse, un phénomène «sans doute dû à une ouverture de plus en plus aisée vers les écoles privées, qui sortent d’une vision élitiste de l’éducation et deviennent des partenaires de choix pour aider les étudiants à réussir leurs études difficiles.»
Vice-rectrice en charge de l’enseignement à l’Unil, Danielle Chaperon signale que l’institution propose déjà, à la mi-septembre, une semaine d’accueil gratuite et «très fréquentée», à l’intention des premières années. Au programme, méthode de travail et prise de notes. La responsable indique toutefois que ces offres privées «nous ont alertés sur un besoin ressenti par les étudiants. Nous devons occuper ce créneau». Ainsi, dans ses objectifs stratégiques pour les cinq prochaines années, la direction de l’université va placer un accent sur l’accompagnement des premières années, en proposant différentes mesures, comme le tutorat. La lutte contre les abandons ne fait que commencer.
Commentaire d’Yves Flückiger, vice-recteur de l’Université de Genève
Il y a sans doute un peu d’argent à faire sur ce type de créneau, quand des étudiants ont des craintes. J’ai des doutes sur l’utilité d’une telle offre. Au niveau de l’UNIGE, nous avons le service «Réussir ses études», qui offre toute une série d’ateliers, comme par exemple prendre des notes, gérer son temps ou préparer ses examens. Ces cours sont très bien reçus par les étudiants, même si, à mon goût, davantage d’entre eux devraient y prendre part. J’ai un peu l’impression que ce sont les étudiants qui réussissent le mieux qui s’y rendent. La responsable du programme, Delphine Rinaldi, varie l’approche selon les facultés.
Article paru dans L'Hebdo du 30 juin 2011
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