Jongny, sur les hauteurs de Vevey. Réunis en congrès, une septantaine de formateurs d'apprentis débattent de l'avenir de la formation duale. Leurs domaines: l'industrie des machines, la métallurgie, l'électricité, l'électronique. Invité par l'association ERFA-L-CH, j'ai pu me glisser dans une salle de séminaire et assister aux travaux pendant plusieurs heures. Voici quelques notes, prises à la volée.
Claude-Alain Bétrisey, de Hydro Exploitation (Sion), évoque le manque d'apprentis polymécaniciens. "Nous devrons faire venir les gens dont nous avons besoin depuis l'étranger. Mais en Suisse, nous devons rester positionnés dans le haut de gamme, le luxe."
La question des directions étrangères de sociétés installées en Suisse se pose. "Comment leur faire comprendre que la formation duale est intéressante et utile? Dans les autres pays, c'est souvent l'Etat qui prend en charge la formation. Ici, c'est un partenariat entre les entreprises et l'Etat", relève un intervenant. Il faut dire que le long terme, pour certains patrons, c'est 12 mois. Or, il en faut 60 pour "sortir" un apprenti: le temps de le trouver et de le conduire jusqu'au CFC! Les formateurs souhaiteraient davantage de soutien du monde politique. "Quand une entreprise s'installe en Suisse, il ne faudrait pas lui parler seulement de fiscalité, mais également de la possibilité de former des jeunes. Mais on ne cause que de l'EPFL..." Un intervenant cite le site d'une medtech de la Côte vaudoise, qui a engagé des apprentis parce que des employés de la région ont indiqué cette possibilité à leur hiérarchie!
La durée de la formation duale fait débat. Pierre Lathuilière, de l'Union Industrielle Genevoise, raconte ceci: "des patrons estiment que quatre ans pour obtenir un CFC, c'est trop long. Pourquoi? Parce que l'entreprise n'est peut-être plus là dans quatre ans!" D'où l'idée de modulariser l'apprentissage. Soit les deux premières années de formation de base ("solide, sinon nous sommes perdus", indiquent les intervenants) en école, puis les deux autres dans une ou plusieurs entreprises selon les spécialités. Plusieurs risques sont mentionnés: le chaos (un cursus tout droit de quatre ans est plus simple à gérer) et la création de généralistes. Autre possibilité, indiquée par Jean-Marc Charpilloz (Tornos à Moutier): reconvertir des personnes détentrices de CFC dans d'autres métiers (boucher, charpentier), et leur donner un supplément de formation de six mois pour les rendre employables dans l'industrie des machines.
Point toujours intéressant pour le journaliste: le niveau de connaissance des jeunes. "Nous devenons de plus en plus exigeants", indique Claude-Alain Bétrisey. Un "biais" a été trouvé: ouvrir la formation de mécapraticien, en trois ans, moins exigeante. J'ai alors remarqué que ces formateurs avaient le souci bien réel d'intégrer un maximum de jeunes au marché du travail, de s'occuper aussi "des gens qui ne suivent pas."
Tout de même, quelques remarques fusent. "Les parents protègent trop les jeunes. Ils cherchent la planque tout de suite." Alors que plusieurs intervenants font part d'excellentes expériences réalisées avec des apprentis étrangers, "qui ont envie de bosser." Le métier de formateur devient également un métier d'éducateur: "l'aspect social devient de plus en plus important." Jean-Marc Charpilloz relativise: "Avant, aucun apprenti ne décrochait le téléphone pour poser une question à l'ingénieur. Maintenant, ils le font."
Et l'école? Curieusement, rien de très sévère. "Tout ce que l'on veut, c'est des jeunes qui sachent compter, et à peu près lire et écrire. C'est tout!" Un intervenant, responsable d'une école professionnelle, me glisse: "nous avons arrêté de gueuler sur l'école, on fait avec. Il faut cesser de pleurer." Le carnet de notes fait davantage grincer les dents. "Avec ces évaluations, on ne sait pas vraiment ce que le jeune a appris. Dans le canton de Vaud, il y a les épreuves cantonales de référence, c'est bien." Un souhait tout de même: que les responsables de l'orientation, voire des classes entières, visitent les entreprises. A 16 ans, c'est trop tard: il faut le faire dès la 7e.
A la fin de la première journée, je remarque que ces formateurs cherchent à faire mieux connaître leur travail, notamment auprès de leurs directions. Et qu'ils se soucient sérieusement de l'avenir des jeunes, y compris de ceux qui, disons, ne sont pas très scolaires.
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