La classe!

Le poids du privé

En complément de l'article paru dans L'Hebdo du 28 mai 2009

Le 18 mai 2009, l'Association genevoise des écoles privées (AGEP) présentait à la presse l'étude "les écoles privées genevoises: un atout pour Genève".

Ce document, commandité à Wolf Zinkl de COGIT SA et pas encore accessible au grand public, fait le topo du poids économique des établissements privés.

Voici quelques extraits de ce rapport, ainsi que deux entretiens avec des directeurs d'écoles privées.

"Une analyse de l’évolution de l'enseignement à Genève au cours de dernières années 2000-2007 montre que le nombre des effectifs totaux dans l’enseignement à Genève augmente pour les formations allant de l’enseignement préprimaire à l’enseignement dans le secondaire II (CITE 0-3 dans la classification de l’UNESCO) pour passer de 70'893 (2000) à 79'184 (2007) élèves, soit une progression totale de + 11.7%. Au cours de la même période, l’augmentation proportionnelle des élèves est cependant nettement plus forte dans l’enseignement privé (+40.2%) que dans l’enseignement public (+8.1%). Ainsi fin 2007, à Genève 11'156 élèves fréquentaient une école privé genevoise pour des formations allant de l’enseignement préprimaire à celui dans le secondaire II, soit 14.1% du total de tous les effectifs dans ces formations à Genève. L’enseignement privé à Genève est donc significatif. Genève est la région de Suisse qui possède à la fois un des plus grands nombres d`écoles privées (43 écoles privées sont affiliées à l’AGEP) ainsi que la plus grande proportion d’élèves et le plus d’effectifs dans l’enseignement privé."

"Dans le cadre de leur fonction d’agent économique, pour les formations allant de l’enseignement préprimaire à l’enseignement dans le secondaire II (CITE 0-3), les écoles privées genevoises ont produit un impact économique quantitatif financier d’environ CHF 345.6 Mio. à Genève en 2006. Et si l’Etat à Genève avait repris l’enseignement privé des écoles privées genevoises pour ces formations (CITE 0-3) aux mêmes conditions qu’il applique pour l’enseignement public, cela lui aurait coûté théoriquement CHF 198.6 Mio. en 2006."

1) Entretien avec Alain Moser, directeur général de l'école Moser.

Quelles conséquences attendez-vous de la publication de cette étude?

Les conditions-cadres devraient être revues pour l'enseignement privé. Les tracasseries administratives sont assez lourdes quand vous voulez ouvrir une école sur le territoire genevois. De plus, on sent qu’il n’y a pas de volonté politique réelle des communes où les écoles s’installent de trouver des solutions rapides et simples. Nous souhaitons négocier les droits de superficie.

D'autres pistes?

"En échange" de cette économie de 200 millions de francs réalisée par l'Etat, il pourrait être intéressant d'obtenir une aide publique pour la rénovation ou la mise en conformité des bâtiments des établissements privés. A Berlin, (où l'école Moser compte 150 élèves), les autorités viennent de débloquer 10 millions dans ce but. Si une école présente un projet sérieux, qu'elle soutient à raison de 30 % des coûts, pour améliorer le bâtiment au niveau écologique, l’Etat entre en matière pour un soutien. Enfin, il y a les questions fiscales...

C'est à dire?

Est-il normal qu’une école privée soit taxée comme une entreprise de construction ou une banque qui a pour projet de réaliser des bénéfices? Si on fait des bénéfices, on paie des impôts, ce qui nous empêche de réinvestir dans notre outil de production.

Cette étude est-elle le cheval de Troie du chèque éducation?

Non. Elle a pour but de faire prendre conscience aux Genevois et aux politiciens de toutes tendances que l’enseignement privé est un bien commun, une valeur ajoutée pour le canton. Au même titre qu’il y a des musées privés et publics, et que la culture améliore la qualité de vie et d’accueil, nous aimerions que l’enseignement privé soit perçu de cette manière. L'Etat est doublement gagnant, nous ne coûtons rien et nous lui permettons de faire des économies, il n'y a donc aucune raison de son point de vue de changer quoi que ce soit. Cette situation ne peut plus durer. Mon père, Henri Moser, avait émis une autre idée: créer une fondation, dotée d'une part minuscule (1 %) de l'argent économisé par l'Etat.

A quoi servirait-elle?

Aider les parents qui en ont besoin à payer les écolages de leurs enfants scolarisés dans le privé. Je parle de montants très raisonnables.

Et du côté des banques?

L'accès au crédit pour les écoles privées, c’est compliqué. Pour elles, nous figurons dans la même catégorie de risque que les restaurants et les hôtels! Malgré nos listes d’attente impressionnantes, nous avons des ratings mauvais. Un cautionnement de crédits par l’Etat, pour certaines écoles qui ont pignon sur rue, serait une reconnaissance du travail que l’on fait.

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2) Entretien avec Norbert Foerster, président de l'AGEP, directeur de l'Institut International de Lancy (1275 élèves et étudiants)

"Nous ne voulons pas de subventions directes. Mais les investissements consentis par les écoles privées membres de l'AGEP, dans les 7 dernières années, ont dépassé les 100 millions de francs. Sans aucune contribution de l'Etat. Or, nous formons un secteur très important pour l'économie à Genève. Nous ne connaissons pas de crise, nous embauchons du personnel et des professeurs."

"Il était pour nous très important de mesurer l'impact des écoles privées. Cette étude donne un ordre de grandeur: il s'agit plutôt d'une estimation basse. En effet, l'enquête ne prend pas en compte les élèves en dessous de 4 ans et les universités privées, puisque le SRED ne donne pas de chiffres précis à ce sujet."

"Cette année, nos listes d'attente sont encore plus longues que l'an passé. Il n'est pas possible de donner un chiffre, car de nombreux parents inscrivent leurs enfants dans plusieurs écoles."

"Nous arrivons aujourd'hui a un seuil. Pour aller plus loin dans le développement des écoles privées, il faudra un soutien significatif de l’Etat, afin de réaliser les investissements nécessaires. On ne parle pas de 2 ou 3 classes à ouvrir, mais 3000 élèves de plus, donc 150 classes! C’est une tout autre dimension. Ce serait une vraie aide d'obtenir des droits de superficie, qui allègent nos investissements."

Rédigé le 28 mai 2009 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Le privé en chiffres

Dans une très riche publication, le canton de Vaud livre des statistiques sur le nombre d'élèves scolarisés dans le privé. Je le leur pique sans vergogne (cliquez pour agrandir).

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Le chiffre clé: En octobre 2006, la scolarité obligatoire comprend 70 105 élèves, dont 3149 sont scolarisés dans un établissement privé (4,5 % des élèves).

De son côté, l'Association vaudoise des écoles privées (AVDEP) a publié des chiffres en novembre 2007:

Ce sont quelque 11394 élèves et étudiants qui suivent aujourd'hui une formation de longue durée dans l'enseignement privé vaudois, dont 7476 externes et 2978 internes (chiffres 2006, respectivement : 9635, 7236 et 1675). Ces chiffres confirment la hausse spectaculaire des effectifs dans les externats comme dans les internats internationaux.

A première vue, quelqu'un raconte des histoires! En fait, non. Les chiffres du canton excluent les élèves étrangers qui suivent des programmes scolaires internationaux, donc par exemple une partie des jeunes de l'International School Lausanne. Ce qui baisse la part du privé.

De son côté, l'AVDEP compte dans ses statistiques les étudiants du secondaire II et des écoles hôtelières membres de l'association.

Rédigé le 25 février 2008 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Une nouvelle école privée dans le canton de Vaud

Exclusif. Cet automne, une grande école privée devrait ouvrir ses portes dans le canton de Vaud, probablement dans la commune de Colombier (au-dessus de Morges).

La propriété de l'établissement sera partagée entre le groupe américain Sabis (50 écoles dans 14 pays) et de grandes entreprises. Les employés de ces dernières sont en effet à la recherche de places pour leurs enfants: les écoles privées internationales doivent refuser du monde.

L'enseignement sera donné en anglais, avec une part importante en français, dans le but de permettre l'intégration des élèves dans la société suisse romande.

L'offre débutera avec le "kindergarten" et le niveau primaire, jusqu'à la 6e classe. Le but consiste à atteindre un effectif de 1000 enfants. Dans un premier temps, les bâtiments seront temporaires (façon pavillons).

Rédigé le 23 janvier 2008 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (1)

Paf! L'émaf

A ma gauche, Alain Voegeli. Vaudois, le directeur de l'école d'art et de multimédia de Fribourg (émaf) est un bon vivant, un entrepreneur et un libéral. A ma droite, le conseil d'Etat fribourgeois, et particulièrement le ministre en charge de l'économie et de l'emploi, Beat Vonlanthen: bonhomme, alémanique mais bilingue, PDC. Entre eux, un divorce.

Privée, mais soutenue par le canton, l'émaf accueille 150 étudiants, dont 134 Fribourgeois. Dans les locaux de l'école, située au bout du boulevard de Pérolles, ils suivent une formation de concepteur en multimédia en trois ans, pour obtenir un CFC.

Mais voilà, l'émaf coûte. Les services de l'Etat ont Alain Voegeli dans leur collimateur depuis longtemps. En jeu: son salaire (240 000 francs par an), ses frais de représentation (voyages et bonnes tables) et deux voitures en leasing. Chaque année, les négociations budgétaires entre le canton et l'émaf sont difficiles. Mais fin novembre 2007, elles ont carrément été rompues. Le directeur de l'émaf claque la porte: l'établissement va devenir entièrement privé.

Aujourd'hui, un étudiant coûte 24500 francs par an. Il s'agit donc du montant de l'écolage futur. Panique chez les élèves d'aujourd'hui (et leurs parents), qui paient dans les 2000 francs par an. Un arrangement passé entre le Conseil d'Etat et Alain Voegeli assure que les jeunes actuellement dans le cursus, y compris ceux qui effectuent une année préparatoire, ne subiront pas une telle hausse.

Face à ce conflit, les étudiants ont réagi. Le 11 décembre, ils ont manifesté "à l'envers", depuis l'émaf jusqu'au siège du Grand Conseil. Leur but? Alerter les députés, et tenter de raccommoder ce qui peut encore l'être.

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Le logo de la manifestation Isabelle Chassot, conseillère d'Etat
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La haie estudantine Beat Vonlanthen, conseiller d'Etat

Bon enfant, la manifestation a suscité de la sympathie de la part de la majorité des députés, accueillis par une tasse de vin chaud, et des applaudissements. "Nous sommes vraiment trop Suisses", s'exclame une jeune fille.

Un entretien avec Beat Vonlanthen a eu lieu sur le pavé et le coup de 14 heures. Il indique avoir fait un pas en intégrant les 23 élèves de la classe préparatoire dans le compromis et renvoie la balle chez Alain Voegeli. Et pour l'avenir? "Nous cherchons une solution avec un autre canton!", répond le démocrate-chrétien, salué par des "Non!" criés par la foule. Certains tiennent à conserver une formation accessible à tous en ville de Fribourg. Le Conseil d'Etat est clair: pas question de soutenir l'institution à n'importe quel prix.

Emaf5 15 heures, dans les locaux de l'émaf. Une odeur de chocolat (merci Villars) flotte sur le boulevard de Pérolles. Foin de douceur: Alain Voegeli a organisé une conférence de presse. Nous arrivons aux limites du métier de journaliste: la corporation est chargée de passer les informations entre les deux parties, un peu comme les avocats dans le cas d'un divorce douloureux. Mais bon.

Alain Voegeli, un peu épuisé, a préparé sa réponse sous la forme d'un cours de mathématiques plutôt incongru dans une école d'art. Sa question: "est-ce que le canton de Fribourg veut maintenir 150 places de formation abordables pour des jeunes?"

Malgré ses soucis financiers et son endettement, l'émaf n'est pas menacée, explique son directeur. Sa qualité n'est pas en cause. Le Vaudois affirme sa volonté de retourner à la table des négociations, et propose une base de travail.

Aujourd'hui, un étudiant dans une école d'art publique coûte 30 à 32000 francs par an. A l'émaf, c'est 24500, plus 1500 offerts sous forme de matériel par des sponsors.

Emaf6 Voici le calcul: le canton paie 12000 francs par étudiant fribourgeois (qu'il étudie sur Fribourg ou ailleurs). 1000 francs viennent du service de la formation professionnelle pour les frais de déplacement. 5000 francs sont payés par la Confédération. L'étudiant voit son écolage monter à 5000 francs. Les 1500 francs restants sont à la charge de l'émaf, qui se débrouille pour les trouver dans le privé.

Est-il prêt à lâcher du lest sur son salaire? Non. "Si cela détermine le maintien de 150 places de formation dans le canton de Fribourg..." Quant à ses frais de représentation, le directeur les justifie d'une phrase: "un voyage qui a coûté 3000 francs a permis d'en économiser 60 000... Nous sommes dans le monde de l'entreprise, pas celui de l'Etat."

La banque cantonale de Fribourg, principal créancier de l'émaf, n'a pas l'intention de tirer la prise, selon Alain Voegeli.

Ce dernier souhaite un accord avant le 25 janvier, soit le jour des portes ouvertes à l'émaf. Les tarifs doivent être connus à ce moment-là.

Rédigé le 13 décembre 2007 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Visite à Glion

Pour prolonger l'article sur les écoles hôtelières paru dans le Guide de l'étudiant, j'ai visité le "Glion Institute of Higher Education", installé dans les hauts de Montreux. C'est un classique: lorsque vous vous baladez dans de tels établissements, vous êtes accueilli comme un prince (en l'occurence, par Olivier Jeannin, assistant project manager et ancien élève de l'école).

Glion_2_small Cette haute école est peut-être moins connue du public suisse que l'Ecole hôtelière de Lausanne, sa cousine et concurrente. Une raison simple: elle abrite 6 % d'Helvètes (on compte 82 nationalités parmi les étudiants), contre près de 50 % pour l'EHL. Quelques chiffres au passage: 246 jeunes en stage ce semestre, 904 étudiants sur les deux campus (Glion et Bulle), environ 70 enseignants. Enfin, 93 % de taux de placement avant la fin des études. "Le secteur de l'hôtellerie, au niveau mondial, est à la recherche de 600 000 nouveaux cadres par an", indique Olivier Jeannin.

Accroché à la pente, l'établissement est un campus: les jeunes gens vivent sur place. Ils ont des chambres,  et un accès à de nombreuses activités sportives (football, rugby, basket). Un fitness est installé sur place: se dépenser est obligatoire deux fois par semaine.

Glion_4_small Dans le chic mais animé restaurant "Bellevue" (photo), qui offre une vue panoramique sur le Léman, les étudiants jouent à la fois la clientèle et le service. Encadrés par des professionnels (en fait, des enseignants de Glion), les jeunes apprennent à polir leurs manières et à intégrer le bon comportement. Ils apprendront tout, y compris à faire le ménage. "Avant d'arriver ici, certains de nos étudiants n'avaient jamais tenu un aspirateur!", s'amuse Olivier Jeannin. Le but pédagogique est clair: on ne peut pas gérer un hôtel si l'on n'a pas expérimenté par soi-même le travail d'une femme de chambre ou d'un serveur. Les jeunes en formation découvriront d'autres aspects concrets de leur métier lors des deux stages pratiques, d'une durée de six mois. Ceux-ci peuvent se dérouler au bout du monde. Il existe des places de rêve, comme au Sofitel de Bora-Bora...

La multiculturalité de l'école est telle qu'une mise à plat s'impose au début des cours. "En Occident, on compte 1,5 à 2 employés par chambre dans un 5 étoiles. En Asie, c'est 6!", ajoute Olivier Jeannin. Après trois ans dans ce milieu, les étudiants développent une tolérance et une compréhension des autres cultures "que vous n'observez nulle part ailleurs", note encore l'ancien élève de l'école. En ce moment, ce sont les Indiens (+ 50 %), les Russes et les Kazakhs qui progressent dans les effectifs de Glion.

Par contre, pour certains étudiants, il est très difficile, voire impossible d'obtenir un visa. C'est le cas pour les ressortissants de nombreux pays africains, ainsi que de la Chine. De toutes manières, le nombre de Chinois baisse: il y a quelques années, des étudiants ont fait de mauvaises expériences dans des écoles de qualité douteuse, ce qui a nui à l'image de l'entier de la place de formation hôtelière de notre pays. Pour contre-attaquer, Glion s'est lancée dans une procédure de reconnaissance auprès des autorités fédérales, une démarche ouverte le 31 août. Le but? Obtenir le statut de HES privée (ce qui signifie zéro subvention). En effet, le tampon "fédéral" apposé sur l'établissement est déterminant pour les autorités chinoises.

Rédigé le 11 octobre 2007 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

A l'école Montessori de Vevey

200pxmonte2_2 En 1907, Maria Montessori (photo: it.wikipedia.org) ouvrait la "Casa dei bambini", soit la première école appliquant sa méthode pédagogique. Aujourd'hui, il existe 22 000 écoles Montessori, dans 110 pays. Le 28 septembre à 20h, l'établissement privé de Vevey, ouvert en 1998, propose une conférence publique (tous les détails).

Visite des lieux, en compagnie de Pascale Randin, directrice adjointe et enseignante, ainsi que de son frère Jean-Marc, directeur administratif.

Première impression: le calme règne. Pourtant, dans une seule pièce, 35 enfants (sur la cinquantaine que compte l'école) travaillent en petits groupes. Deux enseignantes et un assistant passent de tables en tables. Un petit garçon effectue une addition à 4 chiffres, du genre 5378 + 1651. Un autre, âgé de 6 ans et demi, dessine une carte de l'Italie (avec toutes ses provinces) sur du papier grand format. Sur les étagères, on trouve le fameux matériel pédagogique Montessori: de nombreux "jeux" qui permettent par exemple d'apprivoiser les fractions ou de comprendre le théorème de Pythagore. Même si les responsables de l'école mettent l'accent sur les langues (l'anglais et l'allemand), une solide formation en science constitue l'une des caractéristiques de la méthode.

Les élèves sont répartis en trois grands groupes: les 3 à 6 ans, les 6 à 12 ans et les 12 à 16 ans. J'aperçois un tout-petit: "Nous acceptons les enfants dès qu'ils sont propres. Ici, le plus jeune a 2 ans et demi", précise Pascale Randin. Attaquer la géométrie à 3 ans et les nombres à 4 chiffres dès 4 ou 5 ans, ce n'est pas un peu dur ? Les deux responsables indiquent que les enfants aiment apprendre, et intègrent très vite les notions de physique, de biologie et de chimie. Pour profiter de leur curiosité, il n'est pas question de les barber avec "2 + 2". Après tout, quand on sait compter jusqu'à 10 000, on sait aussi compter jusqu'à 10...

Mélanger les âges a quelques avantages. Par exemple, cela crée un petit sentiment de compétition. Les petits ont envie de réussir ce que les grands font. Autre idée: après le repas de midi, les plus âgés veillent à ce que les dents de leurs cadets soient brossées! Un tutorat s'installe.

La journée commence à 8h. Vers 9h30, un petit déjeûner est organisé. Il n'est pas obligatoire: si un élève est très concentré sur ses devoirs, il n'est pas forcé de tout lâcher pour manger avec les autres. Dans le réfectoire sont installés des meubles colorés de toutes les tailles, puisque des adolescents côtoyent des bambins. Un petit groupe discute de panneaux solaires. Après la pause, chacun doit débarrasser et nettoyer la place. Je m'amuse de voir le benjamin de l'école balayer. Très sérieuse, Pascale Randin indique que le balai fait partie du "matériel sensoriel Montessori". Il permet de développer la coordination. Dans l'entrée, une ellipse est tracée au sol, en rouge. Comme exercice d'équilibre, les enfants un peu excités sont invités à marcher dessus, afin de se calmer et de retrouver leur capacité de concentration.

10h, retour au travail. Ce dernier est très individualisé. Chaque enfant possède un programme, et doit se responsabiliser pour l'accomplir. Cette liberté est encadrée: les acquisitions de chacun sont mesurées. Si un enfant prend du retard dans une branche, il rattrape dès que possible. Les élèves doivent régulièrement rendre des devoirs, mais ne savent pas si ces derniers sont évalués, afin de leur éviter le stress des travaux écrits. Ils sont souvent amenés à travailler en groupes de 6 à 8, tous âges confondus. Puis à montrer le fruit de leurs recherches à leurs camarades. Par exemple, une équipe a présenté "les mollusques marins" sous la forme d'un immense panneau informatif, avec textes (anglais et français) et dessins. Régulièrement, les aînés doivent faire des exposés à l'intention de leurs cadets: une manière de vérifier s'ils ont bien intégré la matière, et s'ils sont capables de la vulgariser.

Entre midi et 13 heures, quelques enfants rentrent à la maison, tandis que leurs camarades prennent le repas en commun. L'après-midi, jusqu'à 16 heures, est consacré aux tâches moins "intellectuelles". Sorties au parc Doret, visites de musées ou de laboratoires, peinture, musique et expériences scientifiques.

Si la fin des cours est établie à 16h15, les parents peuvent demander à l'école de garder leurs bambins jusqu'à 19h. Le mercredi est libre. Contrairement à ce qui se passe dans d'autres établissements privés, les adultes ne participent pas à la gouvernance de l'école. Chaque enfant possède un casier que personne, ni parent ni enseignant, n'a le droit d'ouvrir.

Rédigé le 26 septembre 2007 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Les sciences à portée des enfants

Lausanne Une école privée mise sur les sciences naturelles.

Paru dans L'Hebdo du 19 juillet 2007

Le 3 septembre, l’Ecole bilingue de Suisse romande (EBSR) fera sa première rentrée. Installé au centre de Lausanne, cet établissement privé accueillera un maximum de 36 enfants âgés de 6 ou 7 ans, répartis en deux classes.

«Depuis que j’ai 14 ans, je rêve d’une école dans laquelle on ne s’ennuie pas», se souvient Tina Roessler, directrice. Il suffit de jeter un œil sur la grille horaire pour se rendre compte que les journées des petits sont denses: elles débutent à 8 h 30 et peuvent se terminer à 18 h 30, selon le souhait des parents. Le repas de midi est pris avec les enseignants. Pas de congé le mercredi après-midi, car l’enseignement bilingue en immersion pratiqué à l’EBSR «demande du temps». Ainsi, les jeunes francophones suivent la majorité de leurs cours en anglais.

A l’image des sciences naturelles, dont la dotation est forte: dix périodes de 45 minutes, une semaine sur deux.

Pourquoi un tel accent? «L’âge d’or des sciences, c’est entre 6 et 12 ans», soutient Tina Roessler. Son école compte tirer profit de la curiosité des enfants pour le monde qui les entoure afin de leur donner le goût des sciences. «J’espère aussi attirer les filles vers ce domaine et combattre les clichés», ajoute la responsable. Il est prévu que les bambins découvrent de manière active la biologie, la physique ou la chimie, par petits groupes. Conçu par modules de deux semaines, l’enseignement sera «intégré»: par exemple, si les bases de la géométrie euclidienne figurent au programme, les cours d’histoire vont porter sur la Grèce antique.

Le montant de l’écolage (15 000 francs par an) ne décourage pas les parents, puisque de nombreuses inscriptions ont déjà été enregistrées, y compris pour la rentrée… 2008. Les adultes adhèrent à ce projet exigeant, mais seule l’expérience montrera comment les enfants s’en sortent. Additionner la journée continue, le bilinguisme en immersion et une dose massive de sciences constitue en effet un pari audacieux…

Rédigé le 19 juillet 2007 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (1)

L'école à la maison

Sur son blog, Sylvie Oberson lance un débat nouveau. Selon elle, de plus en plus de parents pensent à scolariser leurs enfants à la maison. Une lubie dangereuse ? Une piste d'avenir ? Un article sur ce thème, rédigé par ses soins, paraît dans L'Hebdo du 24 août.

Rédigé le 24 août 2006 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

La croisière s'instruit

Bateau_1 Au Salon de l'étudiant de Genève, un stand présentait "The Scholar Ship", un programme universitaire un peu fou. Ce projet consiste à embarquer, sur un paquebot luxueux (voir photo), 400 à 500 étudiants venant du monde entier, une centaine de professeurs et assistants, et à naviguer pendant 16 semaines. Du Pirée au Pirée, en passant par Casablanca, Montevideo, Buenos Aires, Le Cap, Perth, Singapour, Cochin (en Inde) et Larnaca!

Deux croisières par an sont prévues, en janvier et septembre. Le prix? 9950 $ pour l'écolage, et 10000 $ pour les frais de vie à bord. Des places sont disponibles pour le voyage inaugural, l'an prochain. Outre de l'argent et du temps, il faut posséder un bon niveau d'anglais pour monter à bord.

Lorsqu'un courriel présentant cette initiative est tombé dans ma boîte aux lettres, j'ai d'abord été sceptique. Genre: "Trois riches dans un bateau". Pour en avoir le cœur net, voici un petit entretien avec le directeur du marketing pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, Brian Jon Davey (en photo).

Davey Comment justifiez-vous le prix?

Seize semaines de voyage (une semestre universitaire), cinq continents, sept villes, les études: tout est inclus. Si vous comparez à un séjour linguistique de 6 mois en Angleterre, quand vous pensez à ce que vous obtenez, le prix est correct.

Comment y arrivez-vous ? Un paquebot coûte cher! Avez-vous des sponsors ?

Le projet est soutenu par Royal Caribbean Cruises, une immense compagnie. Ils fournissent l'équipage, ils réservent les places dans les ports: croyez-moi ou non, cela peut prendre des années!

Le bateau transportera-t-il d'autres passagers ?

Il sera dédié uniquement et entièrement aux études universitaires. Vous y trouverez une piscine, des restaurants, mais aussi des salles de classes, une bibliothèque, une salle informatique, un accès à internet. Bien entendu, les étudiants s'amuseront, mais ils travailleront aussi!

Comment avez-vous choisi les enseignants ?

Ils proviennent d'un groupe d'universités qui collaborent au projet. Tiens, il y a 3 semaines, UC Berkeley a annoncé être l'un des partenaires, et une grande université anglaise va nous rejoindre. Nous imaginons que des professeurs viendront de cette haute école… (Il désigne les stands alentour). Vous voyez, ici, tout le monde utilise le mot "international". Mais c'est très facile de le dire. Nous voulons être véritablement internationaux. Pour cela, il est important d'inclure des universités du monde entier: par exemple, celle de Pékin. Mais aussi d'Afrique: l'université du Ghana, qui collabore au Scholar Ship, a une bonne réputation dans le domaine du développement durable. Nous voulons représenter le monde. Quant aux étudiants, ils proviendront d'au moins 60 pays.

Que vont-ils étudier?

Le plus important, ce sont les programmes post-grades. Vous pourrez vous spécialiser dans trois domaines: le commerce international, les communications internationales ou les relations internationales. Mais tout le monde devra étudier la "communication interculturelle". Les passagers en auront besoin dès le premier jour! Ils devront travailler avec des personnes provenant d'autres cultures, anticiper les problèmes et les solutions. Après, vous pourrez faire valider votre cursus et recevoir vos crédits auprès de la Macquarie University, en Australie.

Mais quelle motivation peuvent avoir les étudiants? Pour le même prix, ils pourraient passer un an au Canada!

Carte C'est l'occasion de travailler dans un environnement vraiment international. Une occasion de voir le monde. Du Maroc à l'Amérique du Sud, l'Inde! Par exemple, quand vous arriverez au Cap, vous passerez 7 jours sur place. Là-dessus, 5 jours avec votre professeur. Vous visiterez des entreprises liées à votre domaine d'étude, des ONG, etc. Il ne va pas s'agir de se balader en touriste pour prendre des photos! Dans les sept villes, des programmes de ce genre sont prévus. En Inde, si vous étudiez le commerce international, vous visiterez des ministères où l'on vous parlera de la manière dont ce pays attire les entreprises high-tech. Comment on forme les jeunes. Les problèmes, les solutions! Quand vous reviendrez à bord, vous travaillerez sur ce que vous avez appris sur place, vous rédigerez des présentations, des rapports.

Et la recherche?

Nous effectuerons de la recherche à bord. Quelle meilleure opportunité d'étudier la manière dont les gens communiquent, interagissent que dans un bateau qui transporte 700 personnes provenant du monde entier! Ce sera un laboratoire flottant. Par exemple, pour observer la manière dont se traitent les affaires dans un milieu international ou la résolution de conflits.

Mais c'est aussi une occasion de réseauter?

Un réseautage incroyable. Je pense que quand 700 étudiants vivent ensemble pendant 16 semaines, ils vont se faire des amis pour la vie.

http://www.thescholarship.com/

Par David Spring, L'Hebdo

Rédigé le 04 mai 2006 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Les six leçons des écoles privées

Bousculées par la concurrence, les écoles privées doivent innover sans cesse. Ce hiver, "L'Hebdo" a visité plusieurs établissements de ce type en Suisse romande, pour en ramener six bonnes idées. Trois conseillères d'Etat en charge de l'éducation réagissent à ces propositions, et jugent de la pertinence de leur généralisation dans l'école publique. Les six messages qui suivent reprennent ces idées, et sont accompagnés des réactions des ministres concernées. Vous êtes invités à poursuivre le débat en réagissant à votre tour.

Rédigé le 23 février 2006 dans Ecoles privées | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

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