Dans le domaine de la formation continue, la Suisse possède son propre label de qualité depuis 7 ans. Il s'agit d'EduQua. Pour son mémoire de bachelor en gestion d'entreprise à l'Université de Genève, Rémy Bucheler (22 ans) s'est posé une question toute simple: "Peut-on se fier à EduQua?"
Aujourd'hui, près de 800 institutions sont certifiées EduQua dans notre pays. Ces organismes dispensent de la formation continue pour adultes (cours d'informatique et de langues par exemple) et du perfectionnement professionnel. Ce label est très important: les Office régionaux de placement (ORP) ne travaillent qu'avec les entreprises qui le détiennent. Pas d'EduQua, pas de subvention publique. Comme la formation continue (ou quaternaire) représente un marché intéressant, l'intérêt pour la certification est grand.
L'étudiant en sciences économiques a mené une large enquête (disponible en pdf sur son blog). 123 institutions de formation ont répondu à son questionnaire. Quelques résultats:
- 87% des entreprises considèrent important ou très important de détenir une certification-qualité vis-à-vis de la clientèle commerciale, et 73% vis-à-vis des participants.
- 84% des institutions ont eu à obtenir la certification pour pouvoir continuer tout ou
partie de leurs mandats de formation.
- 70% des institutions ont eu à faire des adaptations afin de recevoir la certification EduQua. 82% ont eu, à la suite de leur labellisation, à continuer d’entreprendre des mesures qualitatives.
Sa conclusion: "Pour 78% des institutions, EduQua a eu des effets et un retour sur investissement positifs.
Contre toute attente, ce label-qualité fédéral, imposé de force et contraignant est, au final, tout
à fait probant pour la majeure partie des entreprises de formation."
Lorsqu'il a interrogé des participants aux formations continues, certains résultats étonnent davantage:
"Si 89% des participants jugent important qu’une institution de formation détienne une certification-qualité et que 53% d’entre eux le jugent même très important, près de la moitié des participants ne connaissent pas EduQua, Ils ne sont pas plus au courant de la certification de l’institution. Seulement 14% d’entre eux se considèrent bien informés."
En clair: on fait confiance à une étiquette dont on ne sait pas ce qu'elle signifie! La nature humaine est merveilleuse.
- Entretien avec Rémy Bucheler -
Vous relevez un problème avec la formation des formateurs...
Avant EduQua, n'importe quel diplômé des universités ou de l'EPFL pouvait devenir formateur. Seule la qualification technique comptait. Mais maintenant, tous les formateurs non-occasionnels (qui effectuent plus de 150 heures d'enseignement par an) doivent être certifiés. Donc, en très peu de temps, les entreprises ont dû certifier un grand nombre de formateurs. Cela a créé un business extrêmement juteux de formation des formateurs. Le certificat à obtenir (FSEA 1) représente 15 à 20 jours de formation (minimum de 150 heures). A Genève, cette formation subventionnée par les milieux patronaux et les syndicats coûte 1500 francs. Ailleurs, c'est 3500 francs.
La personne formée doit-elle payer elle-même?
C'est arrivé. Il est fréquent que les formateurs soient payés à l'heure. Imaginez que vous deviez arrêter de travailler pour vous former, et payer en plus 3500 francs pour simplement avoir le droit de continuer à faire votre travail. De plus, ce certificat FSEA 1 est clairement inclus dans le brevet fédéral: il en constitue même un module. Le système est fait pour que les formateurs continuent leur formation. Car cela rapporte beaucoup d'argent.
Vous relevez un autre point encore plus ennuyeux: une sorte de petit club qui tient les commandes de la formation continue...
Les personnes qui ont lancé EduQua sont également actives à la FSEA (Fédération Suisse pour la Formation Continue). Elles gèrent le brevet fédéral et donnent les cours. Heureusement, le cercle de personnes concernées s'étend un peu. Mais avant, les mêmes personnes étaient présentes à tous les niveaux, avec plusieurs casquettes.
- Biographie de Rémy Bucheler -
Agé de 22 ans, il a entamé un master en HEC, à l'Université de Genève. En parallèle, il mène des études de droit (bachelor, 2e année). Il estime que ces doubles études sont "gérables". En août 2005, il a été champion du monde d'Excel (oui, le logiciel).
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