Concentrations Le petit site de formation du Jura bernois, pris dans un bras de fer entre les cantons et la Confédération, va-t-il réussir à se maintenir? Par David Spring.
Depuis le printemps, des rumeurs courent sur l’avenir de l’Ecole d’ingénieurs de Saint-Imier. Va-t-elle devoir fusionner avec un établissement situé dans un autre canton? Sa disparition causerait un choc dans une ville de 5000 habitants, qui abrite deux instituts de transfert de technologie liés à ce centre de formation. «Notre région compte de nombreuses industries spécialisées, situées dans de petites localités,» indique le maire Stéphane Boillat. «Pour rester performant, le réseau de contacts créé avec les écoles doit être étroit.» Sinon, «c’est la pérennité industrielle qui est mise à mal».
La menace vient de loin. En mars 1994, le Conseil fédéral avait averti dans son message accompagnant la loi sur les hautes écoles spécialisées (HES): «Un effectif de 500 étudiants (par site, ndlr) nous semble être un minimum absolu. On cherchera par des regroupements à atteindre des effectifs plus élevés.» Cette exigence, qui ne figure pas dans les textes législatifs, a été martelée.
Avec ses 162 étudiants, Saint-Imier constitue une cible prévisible. A 25 kilomètres de là, Le Locle en abrite plus de 200, dans le même domaine. Ces soucis concernent l’ensemble de la Haute Ecole ARC, née en 2005 des volontés conjuguées des cantons de Berne (partie francophone), du Jura et de Neuchâtel. Aujourd’hui, les cinq sites du réseau comptent 1134 étudiants en formation de base (diplômants inclus).
C’est peu, si l’on compare aux 1500 personnes rassemblées à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion d’Yverdon. Un coup d’œil sur la carte montre que la plupart des sites de la HE-ARC ne répondent pas à l’exigence d’une «masse critique» de 500 étudiants. Cela n’a rien d’anodin: dans le monde des HES, pourtant financées en moyenne à 70% par les cantons, le pouvoir appartient à la Confédération, qui agit par l’intermédiaire de l’Office fédéral de la formation et de la technologie (OFFT).
Plusieurs députés au Grand Conseil bernois ont relayé ces inquiétudes. Par une motion urgente, Jean-Pierre Rérat (PRD) et Maxime Zuber (PSA) demandent au gouvernement d’obtenir des informations sur les «intentions» de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO). «Nous craignons que la HE-ARC ne soit considérée que comme l’appendice nord d’une grande école, sans qu’elle possède les moyens de se développer et de prendre ses propres décisions,» précise Maxime Zuber.
Présidente du comité stratégique de la HES-SO (où siègent les conseillers d’Etat romands responsables de la formation), Anne-Catherine Lyon indique que ce réseau ne peut imposer aucun regroupement: «Nous prenons les décisions à l’unanimité.» La socialiste rappelle que le comité s’est battu «pied à pied contre la notion de masse critique, contre cette limite fixée à 500 étudiants». Sa solution? Que «les trois cantons concernés proposent une solution de compromis». Une sorte de contreprojet au site unique.
De son côté, Bernhard Pulver, conseiller d’Etat bernois chargé de l’Instruction publique, assure: «La Haute Ecole ARC doit être présente dans les trois cantons. Nous voulons conserver un lieu de formation de niveau tertiaire et un institut de recherche dans le Jura bernois.» En ce moment, Brigitte Bachelard, directrice générale de la HE-ARC, mène un groupe de travail chargé d’étudier les scénarios possibles. Ses conclusions devraient tomber au début 2007. Mais la «marge de manœuvre est très faible,» reconnaît-elle. Comment faire gagner tous les joueurs dans un jeu où sauver un site peut signifier en affaiblir un autre?
Responsable du centre de prestations «Hautes écoles spécialisées» à l’OFFT, Blaise Roulet est sceptique. «Conserver un site par canton me paraît extrêmement difficile, car les coûts par étudiant resteront beaucoup trop élevés.» Le Neuchâtelois estime qu’un site unique pour la HE-ARC constitue la meilleure solution. Un bras de fer s’annonce. En avril 2007, l’OFFT rencontrera les instances dirigeantes de la HES-SO. Trois cantons risquent de se retrouver bien mal récompensés d’avoir collaboré par-dessus leurs frontières.
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