La polémique autour du Livre blanc sur l'éducation, publié par les Académies suisses des sciences, n'en finit pas de faire des vagues. Il s'agit d'un scénario et d'une feuille de route prévu pour l'horizon 2030.
Des postulats comme "En 2030, nous vivons dans un monde globalisé, uniformisé et standardisé d’un point de vue économique, scientifique et technologique" sont posés.
Mais ce qui a fait réagir, c'est plutôt ceci: "Depuis que l’âge minimum requis pour la fin de la scolarité obligatoire est passé à 18 ans et qu’un système éducatif cohérent et harmonisé au niveau international a été mis en place, on constate que l’objectif de 70% de diplômés de l’enseignement supérieur par année d’âge est maintenant à notre portée. L’échange de personnel qualifié («brain circulation») a considérablement augmenté dans tous les domaines. Le paysage des hautes écoles suisse qui, outre les universités, compte également les EPF et les hautes écoles spécialisées, a profité de l’introduction des examens d’accès aux études. La suppression de l’ancienne transition automatique de la maturité vers les études universitaires s’est avérée positive."
Objectif: 70 % de diplômés du tertiaire en Suisse, en 2030. L'OCDE vient de faire paraître des statistiques à ce sujet, relayées par la newsletter Panorama: "18,3% d'une volée ont acquis un titre de la formation professionnelle supérieure (tertiaire B) et 31.4% un titre universitaire (tertiaire A). La moyenne de tous les pays membres de l'OCDE s'élève respectivement à 9.4 et 38.7%, celle des pays membres de l'UE (UE19) respectivement à 7.7 et 36.9%."
Il y a donc encore de la marge!
Autre citation du "Livre blanc" qui a fait "tilter": Les dépenses pour la formation à tous les niveaux, aussi bien dans le secteur public que privé, représentent en 2030 10% du PIB (produit intérieur brut) et 20% de la totalité des dépenses publiques."
Aujourd'hui, nous en sommes à 5,9 % du PIB, et 12,8 % des dépenses publiques. Soit presque la moyenne de l'OCDE, comme le relevait Isabelle Chassot, conseillère d'Etat fribourgeoise en charge de la formation, dans Le Matin Dimanche du 13 septembre.
Philippe Gonon, professeur à la Zürcher Hochschul-Institut für Schulpädagogik und Fachdidaktik, a réagi pour Panorama. Extraits choisis: "Que le nombre de maturités gymnasiales doive augmenter n'est de loin pas l'avis de tous les professeurs, bien au contraire: cette augmentation ferait baisser la qualité des gymnases actuels. Telle est l'opinion quasiment unanime."
Bien sûr, le modèle du "Livre blanc" implique que la part de la formation professionnelle duale soit réduite. Comme le relève Panorama, "dans une interview à la NZZ, Walther Zimmerli, professeur et auteur principal du Livre blanc a qualifié la formation professionnelle de «modèle dépassé»". C'est le point qui semble le plus irréaliste dans la vision portée par le document.
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